Rentrez dans le monde de Brecht: In the Jungle of the Cities Arcola Theatre

In the Jungle of the Cities de  Bertolt Brecht mise en scène Peter Stürm au Arcola theatre jusqu’au 5 Octobre

 

Dans une ville, (chez Brecht , nous sommes à Chicago dans les années 20), un homme d’affaire un certain Shlink , achète ce qui à priori n’est pas à vendre, l’opinion littéraire d’un jeune employé de bibliothèque, Garga. 1er tournant de la pièce, ils vont tour à tour échanger les rôles durant ces deux heures de spectacles.  Garga mordra à pleine poussière pouvoir et déchéance alors que Shlink connaitra humiliation et soumission. Métaphore du grand capitalisme, Brecht signe là une pièce forte, remuante et pensante.

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Brech écrit lui même que la pièce est un combat entre deux êtres humains, c’est le déclin d’une famille venue de la savane jusque dans la jungle de la grande ville.  

 

La mise en scène de Peter Stürm nous propulse dans ce chaos urbain, sale et grinçant.  La salle du Arcola Theatre est tellement propice à la pièce qu’on a l’impression de rentrer littéralement dans le texte de Brecht. Attention, il n’est pourtant pas si simple d’adhérer au texte qui mélange concept métaphysique et contradictions.

 

On prend donc place dans la salle sur les sièges entourant le plateau de jeu, comme des spectateurs venant voir un match de boxe. Le maitre de cérémonie (Joseph Adelakun) nous promet une rencontre exceptionnelle entre nos deux hommes qui vont combattre jusqu’à la mort, or il n’en sera rien ! Chaque scène est ainsi introduite, on nous indique le lieu et l’heure de l’action qui va se dérouler sous nos yeux. Cette notion naturaliste est propre à Brecht qui aimait annoncer au public ce qui allait suivre.

 

Finalement, le combat est seulement effleuré, annoncé mais jamais mis en scène. Les personnages sont près, ils s’entrainent mais le combat n’aura jamais lieu. Le théâtre de Brecht c’est le théâtre du non-conflit mais également de la contradiction. Contradiction entre les personnages qui tour à tour deviennent dominants ou dominés. Un jour Garga est seul dans cette bibliothèque, son existence est minable, son emploi ne vaut rien et sa fiancée préfère une bande de voyou à un amour fantasmé. Et en une seule phrase, il va devenir puissant, très puissant, ces voyous deviennent ses sbires et il peut enfin payer des meubles à ces parents ! Ici le matérialisme est important, les rêves et les fantasmes n’ont pas de place et la plus part des personnages qui ont eu fois rêver et aimer sont voués à l’échec et à la déchéance.

 

Stürm utilise magnifiquement l’espèce de jeu. Toutes les parties de la salle sont mises en valeur, la mezzanine sera l’hôtel de china town, la sortie de secours, elle,  la porte d’entrée sur le monde extérieur, sur sa pauvreté et ses faiblesses aussi. Petit bémol cependant, j’aurai aimé une mise en scène plus dynamique, que les acteurs soient vu par tout le monde et qu’ils ne me tournent moins le dos. Les scènes s’enchainement dans un chaos maitrisé et articulé par une bande son discordante.

 

On notera le sans faute de TOUS les comédiens ! Pas un moins bien que l’autre, ils sont justes et précis. Joseph Arkley est un Garga fou et désesperé mais aussi déterminé et envouté. Jeffrey Kissoon est criant de sincérité en un Shlink dégoulinant de peur. Stephen O’Toole joue le père, cet homme qui a perdu toute dignité devant sa famille et qui est près à tout pour de l’argent. Les trois comédiennes (Mia Austen, Rebecca Brewer et Helen Sheals) essayent de survivre dans ce monde où la femme subit les décisions des hommes, un monde où la femme est aussi un meuble qu’on choisit de déplacer ou non.  Quand aux hommes de mains (Alex Britton, Jurgen Schwarz et Michael Walters) ils remplissent avec brio leur mission de parasites sans scrupule et forme un trio qui me rappelle les chœurs antiques.

 

In the Jungle of The Cities n’est ni une mauvaise ni une exceptionnelle production qui traduit très bien le message de Brecht. C’est à dire l’envie de faire réfléchir la société sur justement la société. Dans les rouages de la cité, personne n’a un seul visage, nous portons tous des masques et nos ambitions sont au premier plan de notre existence.

 

Infos : Jusqu’au 5 octobre de £14 à £18 Arcola Overground Dalston 

 

 

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